Mexique / Canyons du Cuivre / Le train du CHEPE
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mardi, 27. juin 2017
Der CHEPE auf dem Weg nach Cerocahui
Le CHEPE, sur le chemin vers Cerocahui
Zwischenstopp in Divisadero Barrancas
Arrêt intermédiaire à Divisadero Barrancas
CHEPE-Lokomotive
CHEPE- Locomotive
Temoris-Wasserfall
Cascade Temoris

Ferrocarril Chihuahua al Pacifico

 

Officiellement elle s’appelle la ligne Q, plus clairement Chihuahua al Pacifico et de manière populaire CHEPE. Peu importe la dénomination, vous faites référence à l’un des trajets ferroviaires les plus beaux au monde. Une merveille de planification et d’ingénierie à travers les montagnes jusqu’à 3.000 mètres d’altitude.

La ligne Q s’étend sur 673 km depuis Topolobampo, sur la côte mexicaine du Pacifique, jusqu’à Chihuahua, la capitale de l’état fédéral mexicain du même nom. Si l’on compte encore les 268 km jusqu’à Ojinaga à la frontière des USA, le trajet complet fait 941 km. Seulement le tronçon entre Los Mochis et Chihuahua est employé régulièrement.

Il aura fallu très longtemps pour réaliser cette jonction importante pour le nord du Mexique. L’initiative de ce projet visionnaire au 19ème siècle nous la devons à deux américains : Albert Kinsey  Owen et Arthur Edward Stilwell. Owen était ingénieur connaissant bien le chemin de fer, il joua un rôle de premier plan dans la construction de la ligne Laredo – Mexico City. Il voyagea en 1861 le long de la côte mexicaine du Pacifique où il s’enthousiasma pour le port naturel de Topolobampo. Cette région lui sembla idéale comme point de départ d’une ligne de chemin de fer à travers la Sierra Madre mexicaine jusqu’aux USA . Non seulement les minerais du sol mexicain et le bois seraient acheminés plus rapidement aux USA, on s’imagina également le transport de denrées et de produits en provenance d’Extrême Orient jusqu’à la côte du Pacifique puis par le train, et ainsi un rapprochement économique entre les deux continents Asie et Amérique. Mais Owen s’épuisa  dans  un  projet utopique – la création d’une colonie communiste au «  port mondial de Topolobampo ».

Arthur Edward Stilwell était l’héritier d’une riche famille new-yorkaise et déjà à 32 ans propriétaire d ‘une compagnie de chemin de fer. Son projet était la construction d’une ligne depuis Kansas City jusqu’à Présidiaux, Texas. Ensuite passer le Rio Grande et depuis le versant mexicain à Ojinaga traverser le nord du Mexique pour atteindre la côte du Pacifique vers Topolobampo. Cette ligne serait environ 100 km plus courte que la Route Kansas City – San Francisco.

Le financement semblait assuré : aux USA des compagnies pétrolières et des communes soutenaient le projet, au Mexique le gouvernement du président Porfirio Diaz donnait des terres et des concessions à des riches entrepreneurs.

Peu de temps s’écoula avant le premier coup de pioche en 1897. 400kms de voies étaient déjà posées au début de la révolution mexicaine en 1910 : d’un côté 295kms de Chihuahua à Creel dans la Sierra Madre, du côté Pacifique le parcours entre Topolobampo et San Pedro 105km. Les entreprises responsables étaient la compagnies des trains Chihuahua-Al Pacifico appartenant à Enrique Creel, Kansas City, Mexico & Oriente compagnie de Arthur Stilwell.

La révolution et les années suivantes mirent fin aux travaux dans la montagne ; les trains étaient attaqués par des bandes, et le gouvernement mexicain manquait de moyens. Seulement le tronçon de Chihuahua à Ojinaga sur le Rio Grande put être achevé.

La construction ne reprit qu’après la deuxième guerre mondiale. Les travaux dans la Sierra Madre ne purent recommencer qu’en 1940, lors de la nationalisation des chemins de fer par le président Lazaro Cardenas. Plus de 20 ans plus tard, le 22 novembre 1961, le premier train de Los Mochis arriva à Chihuahua, pratiquement un siècle  après la planification visionnaire des deux pionniers. Finalement la ligne Chihuahua- Al Pacifico était terminée mais à quel prix ? Des coûts énormes, uniquement pour le dernier tronçon il fallut investir plus d’un million de pesos, que le Mexique finança sans aucune aide étrangère. Par suite de la durée de la construction, le train était devenu un anachronisme, puisque maintenant un réseau routier et des liaisons aériennes existaient, le fret n’était plus une priorité.

Cependant le CHEPE, comme l’appellent amoureusement les mexicains, était et demeure un moyen de locomotion important pour les habitants des montagnes ; tous les jours fiable, sauf lorsqu’un rocher ou la neige l’hiver obstrue la voie.

Le tracé de la ligne reste un chef-d’œuvre des ingénieurs. 39 ponts et 86 tunnels , des boucles qui se croisent, toutes les possibilités de construction imaginables et inimaginables furent réalisées  ici. En quelques heures le train prend de la hauteur depuis le niveau de la mer jusqu’à 2.439 mètres, en pentes ne dépassant pas 2,5% et avec des virages adaptés. Particulièrement la montée entre El Fuerte et Temoris est un des moments les plus forts du parcours. Le petit village de Temoris se trouve à 1.100 mètres d’altitude. Juste dans le nœud de Temoris le train grimpe en deux serpentins jusqu’à la hauteur de la cascade de Temoris où se trouve le dernier tunnel. Dans le tunnel de La Pera le train décrit un virage de 180 °.

Durant le trajet avec le CHEPE, on traverse plusieurs zones climatiques et diverses végétations :

  • Entre Los Mochis et El Fuerte pousse une espèce de forêt sèche. Les arbres et les arbustes se  mélangent aux cactus, ils n’ont pas de feuille la plus grande partie de l’année. Cependant au printemps fleurissent ici les arbres amape lilas, et les clochettes blanches ornent les versants.
  • Dans les gorges, dans les parties les plus basses de la Sierra Madre se trouve une végétation subtropicale et tropicale ; des palmiers sont fréquents, des bananiers, ananas, mangues et d’autres fruits se développent très bien ici.
  • Après Temoris les forêts de pins et de chênes caractérisent le paysage. Ici les hivers sont rudes avec des neiges abondantes.
  • A l’est de Cuauhtémoc s’étendent les larges plaines herbacées jusqu’à Chihuahua. Elles forment le centre agricole et d’élevage de l’état fédéral de Chihuahua.

Le CHEPE, un anachronisme ? Sûrement pas, puisque à côté des habitants de la Sierra Madre, pour lesquels il est indispensable, de plus en plus de touristes, d’auteurs, de caméramans profitent de ce voyage en train unique. Pour le Mexique il s’agit de revenus importants et aussi d’une sorte de devoir de préserver cette attraction au siècle des avions à réaction.